• & 4: l'accident

    < précédent

     

    Il ne pu s’empêcher de renifler le journal dès qu’il l’eut acheté, la vendeuse le regarda en haussant les sourcils. L’odeur de l’encre et de papier lui était à nouveau familière.
    « Comment peut-on oublier des choses comme celle là ? Ces choses qui nous paraissent si anodine sont parfois plus importantes qu’elles ont l’air. »
    Il le caressait le journal comme on caresse le vieux jouet retrouvé que l’on croyait partie à la poubelle.
    -la date-
    Il regardait le journal comme on regarde une vieille photo retrouvée au fond d’un tiroir
    -la date -
    Il lu la partie visible du journal, sans déchirer le cercle de papier qui le maintenait plié :
    -LA DATE !!-
     
    « Aujourd’hui ! C’est aujourd’hui ! C’était aujourd’hui ! J’ai peut être le temps… Peut être le temps ».
    Il partit en courant, comme une bête affolée, manquant de glisser sur le trottoir enneigé.
     Il se rappelait du nom de la rue, elle était gravée en lui ; même s’il n’avait aucun souvenir de la semaine de l’accident, il ne se rappelait même pas du jour des obsèques de ses deux amis. Peut être parce que c’était trop douloureux pour lui.
    « Eh Connard !  Tu t’entraines pour les jeux Olympique ? » Lui lança un adolescent qu’il faillit renverser. Il ne l’entendit même pas.
     Il voulait sauver ses amis à tous prix, même s’il ne devait pas le faire, il savait qu’il n’avait le droit de changer le passé, c’était très dangereux. Mais tant pis. Il voulait le faire absolument.
    Il arriva à temps au bout la rue maudite. Il se figea en apercevant le groupe de trois amis qui s’amusaient à faire le maximum de buée en soufflant dans l’air glacé. Vivants ! Tout les deux, Steph, Marie, et un autre garçon  qui la tenait par la main.
     « C’est qui lui ? »
    Il reconnu son bon gros copain et la douce Marie. Mais il ne reconnu pas le troisième gamin, celui qui tenait Marie, sa Marie par la main.
    Il s’approcha lentement à la hauteur du trio, de l’autre coté de la rue.
    « C’est qui lui ? » Un sentiment de tristesse et de jalousiel’envahit. Oubliant un court instant ce qu’il était venu faire dans cette rue : sauver ses amis. Abattu, il regarda le trio sans bouger.
    Une femme poussa un cri, alors il réagit enfin, mais trop tard. Quelques courtes secondes de perdues qui aurait dû tout changer.
    -Noooon !!
    Son cri à lui alerta le trio, pas suffisamment à temps. Le bon gros attrapa les deux autres par leurs vêtements, et recula violement mais pas assez tôt. Le conducteur de la voiture essaya en vain de maitriser son véhicule. Il renversa le groupe et alla percuter un mur plus loin où il s’arrêta enfin.
    Il ne restait plus que les enfants sur le sol.
    La voiture avait heurté la fille, son petit corps était tout tordu et en sang.
    Les yeux mouillés Emeric s’approcha des enfants. Il s’aperçu qu’il boitait et que son pied était tordu, mais il s’en fichait. Il se mêla au groupe de voyeurs affligés qui ne savaient pas comment réagir.   Les deux garçons étaient penchés sur le petit corps abîmé.
    «- Steph …»
    Son ami était sauvé. Mais pas sa douce Marie. Pour elle il aurait voulu réussir, pour elle aussi.
    -Mais reculez Bande de vautour ! cria un homme. Et appelez une ambulance.
    L’homme s’occupa de la cheville massacrée de l’autre enfant qui sanglotait.
    Il était en larmes, plus pour la mort de la petite que pour sa cheville fichue.
    C’est alors qu’il se souvint : Il était avec eux ce jour là mais son cerveau avait tout effacé. Et il avait passé deux semaine à l'hopital, c'est pour ça qu'il n'était pas aux obsèques  de ses amis.
    Emeric regarda la scène, comme on regarde un film, il ne s’était jamais sentit aussi malheureux que depuis se jour là., Il découvrait la scène, en spectateur et en même temps il la revoyait avec les yeux de l’enfant blessé, en souvenir. Un souvenir, qui n’était pas le sien, mais qui était en train de le devenir.
    Il s’éloigna, accablé. Ce n’était plus du chagrin, c’était pire.
    Sa cheville lui faisait mal, une vielle blessure qui remontait à l’enfance, et qu’il n’avait pas quelques minutes auparavant.
    «Marie… »
    Il comprit alors avec dégout qu’il ne serait plus jamais l’athlète barge qu’il était. Il lui semblait même, sans rien y comprendre, qu’il ne l’avait jamais été. Cette idée s’ancrait en lui de façon irréfutable. Et il n’avait pas la douce Marie.
    « -Marie… »
     La douleur à la cheville lui irradiait dans toute la jambe, provoquant une violente douleur allant jusqu’à la nausée.
    « Migraine ! » il fouilla dans ses poches. Pourquoi ils ne m’ont pas laissé emmener des antalgiques ces cons !
    « Migraine ! »
    Des choses, des pensées qui n’était pas les siennes lui martelaient le crane, vrillant ses neurones, des chiffres, des équations étranges qu’il ne déchiffrait pas, des noms qu’il ne connaissait pas, des mots qu’il ne comprenait pas
    « -Professeur ? »
    Ce n’était plus une douleur, c’était plus que ça ! Beaucoup plus ! Mais quoi ? Il n’en savait rien. Il se sentit mourir. Plus aucun de ses sens ne fonctionnaient normalement. Tout vibraient : sa peau, sa vue, son ouïe. Il claquait des dents à s’en faire saigner les gencives.
     Il tomba à genoux, puis se recroquevilla sur lui-même comprimant son ventre. Si seulement cette horrible nausée pouvait se calmer ! Les sons étaient difformes, sa vue brouillés. Il voyait derrière un écran de larmes des badauds qui passaient près de lui. Mais tous l’ignoraient totalement.
    «-Mais marchez-moi dessus tant que vous y êtes ! Bande de salauds ! » Voulu-t-il leur crier
     Il ne pouvait demander de l’aide. Il allait y passé.
    « Bordel ! Qu’est-ce qu’ils attendent pour me ramener ?ça sert à quoi cette saleté de traceur qu’on m’a injecté ? Hein ? A quoi ? ! » Voulu-t-il hurler. Mais les mots ne sortaient pas de sa pensée.
    « -professeur ? »
    La voix venait de loin, de très loin.
    Dans un dernier espoir, il chercha à nouveau dans ses poches, qu’il savait pourtant vides. Vides ? Sa main tomba sur un objet en forme de cylindre.
    «  C’est quoi ce truc ? »
     Il le sortit de sa poche :
    « Une seringue ? »
    Elle contenait un produit noir apparemment visqueux.
    « Je me rappelle pas du tout qu’on m’en ai donné une, ma mémoire est foutue elle aussi »
    « Aïe ! Mais qu’est-ce que j’ai sur le poignet ? Un Cathlon ?! »
    « -Il suffit de brancher la seringue au Cathlon et d’injecter le produit, c’est aussi simple que cela » c’est ce que la voix de femme lui avait expliqué. Mais  quand ?
    « Quoi ? Mais qu’est-ce qui m’arrive, »
    Ne comprenant pas ce qu’il lui arrivait il s’injecta le produit.
    « tant pis »
     

    à suivre >>


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :