• &:3 La chute

     
     
    Il avait perdu l’ouïe et la vue, dans le noir et le silence, il se sentit glisser sans pouvoir s’arrêter, il avait froid, l’air était humide. Ça lui rappelait la sensation qu’il avait enfant, l’hiver, les longues glissades en luge. Puis se fut le choc contre quelque chose de mou et de bosselé à la fois, avec un bruit froissé.
    Il entendit un grand éclat de rires d’enfants. Un souvenir,? Ou est-ce que ces rirent étaient réels ?
    Il se retrouva bêtement à quatre pattes. Machinalement, il secoua la tête espérant remettre ses idées en place :
    -Et regardez : il s’ébroue comme un chien, dit une voix d’enfant. Il ne sut pas si les rires qui y répondirent étaient pour cette réflexion ou pour sa pomme.
    Il se mit assis rapidement se qui lui rendit pas sa dignité pour autant.
    Autour de lui tout étaient flou et blanc comme la neige. 
    « De la neige » ses yeux refonctionnaient à leur tour. C’était l’hiver.
    -Attendez les gars, on est vraiment pas sympa de rire comme ça, le mec il s’est surement fait mal  :
    Un garçon hilare, visiblement plus vieux que les autres, lui tendit la main pour l’aider à se relever. 
    Une fois debout, Il s’aperçu qu’il avait atterri contre un tas de sacs poubelles qui attendaient le passage des éboueurs
    « Bonjour la dignité ».
    Il était trempé.
    -Belle glissade hein m,sieur ? Dit le garçon en lui montrant du doigt le haut de la rue qu’il venait visiblement de dévaler à cause de la neige verglassée.
    -Merci !
    Une belle glissade en effet, il admira la très longue avenue en pente qu’il venait de descendre sur le dos. Il en ressentit une sorte de fierté.
     Il ne savait pas où il était, ni quand : Ces cons du labo avait “oublié’’ de le lui préciser. Et lui en inconscient qualifié, n’avait pas cherché à savoir. Mais peut être en fait que ces chers savants n’en savaient rien du tout ? Après tout ils pouvaient le faire revenir selon leur bon grès grâce à cette saloperie de traceur qu’on lui avait injecté, Alors quelle importance s’ils ramenaient un cadavre ? Il se retourna pour demander au groupe de gamins où il se trouvait –Après une telle chute, il avait le droit à une amnésie passagère- Mais ils avaient tous disparus.
     
    Le seul indice qu’il avait, c’était les vêtements démodés qu’il portait. Ils étaient à la mode quand il avait une dizaine d’années environ, ce qui lui donna une idée aproximative de la date où il se trouvait. Il fouilla dans ses poches, peut être y trouverait-il un indice, qu’une personne du labo un peu moins vacharde que les autres lui aurait glissé en douce. Rien, on ne voyait ça que dans les histoires. Il regarda les alentours, tournant lentement sur lui même plusieurs fois. La vue panoramique, lui donna le vertige, mais il y prit un plaisir étrange, qu’il n’avait encore jamais ressenti. De la douceur. La neige commença à tomber, doucement, puis rapidement, elle voleta plus fort, épaisse. Il écarta les bras et leva la tête vers le ciel les yeux grands ouvert pour la regarder tomber, comme il le faisait enfant. Ainsi ça lui donnait l’impression de vitesse, l’impression qu’il allait s’envoler. Puis il se mit à rire, pas comme un dément, mais comme un enfant qui découvre la vie. Tant pis si on le prenait pour un fou. Il avait enfin réalisé, reconnu les lieux : il était de retour chez lui.
     
    ***
    Il était dans ses souvenirs. C’était délicieusement troublant, fascinant. Il était émus et incapable de définir ce qu’il ressentait. C’était mieux que tout ce qu’il avait fait ces dernières années. Il n’avait probablement pas le temps de flâner. Alors il parcouru les rues de son ancien quartier en courant. S’arrêtant parfois en sautillant sur place comme un enfant surexcité, regardant partout, en prenant plein les yeux, tournant sur lui-même. Il était ivre de bonheur. Puis, sans l’avoir vraiment recherché, presque par hasard, il se retrouva près de chez lui. Alors la nostalgie l’envahit, Accompagnée de chagrin. Il pensa à tous ceux qu’il avait perdu depuis. Son père, son frère,  son meilleur ami, Steph, le rigolo de la bande, le super copain, celui que tout le monde vous envie, celui qui rit tout le temps et fait rire tout le monde, celui qui a le cœur sur la main“ le bon gros’’ comme tous le monde l’appelait. Steph, ce n’était pas « celui qui est gros » mais « le type le plus sympa du coin » c’était comme ça que tout le monde le voyait. Emeric ne bougeait plus, il n’avait plus envie de sauter ni de courir. Le sentiment, depuis longtemps oublié, était amer. Il avait perdu le même jour son meilleur ami Steph, et la douce Marie, sa petite Marie. Ils devaient se marier plus tard, quand ils seraient grands. Ce jour là, il n’était pas avec eux. Une route gelée, une voiture qui dérape, un conducteur accablé à vie, tout avait basculé en quelques minutes. Un jour comme celui-ci. Emeric rangea ses mains gelées dans ses poches, il était triste, aussi opprimé que dans son souvenir. « !!?? » Il sortit la main de sa poche qu’il croyait vide pour regarder ce qu’il venait d’y trouver. De l’argent.  Des vieilles pièces, comme celles de son enfance. Une toute petite somme, juste de quoi s’acheter un journal. Pourquoi pas ? Ainsi il rapporterait un témoignage de son passage dans le passé.     
     
     

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