• Franck 4: De bien étranges amis (n)

     

    < Amanda

    …Quand Georges rentra le soir il trouva Amanda et Jérôme dans la cuisine en train de préparer le repas du soir en discutant comme de vieux amis. Il ne marqua aucun signe de surprise et encore moins de colère malgré les craintes de Jérôme.
    « -Je vois que vous avez fait connaissance tous les deux ? Les devoirs que je t’ai donnés sont faits Jérôme ?
    -Oui Monsieur.
    -Combien de fois devrais-je te dire de ne plus m’appeler ‘‘Monsieur’’ ? Appelles-moi Georges je t’en pris. Tu es dans cette maison depuis assez longtemps. J’espère que le travail a été fait sérieusement.
    -Moui
    -Moui ? En voilà un enthousiasme ! Je VEUX que tu étudie et connaisse parfaitement tout ce qu’un garçon de riche famille doit savoir Jérôme ! C’est bien compris ?
    -Mais,…je ne suis pas… Enfin je ne comprends pas.
    -J’aimerais que tu me parles franchement sans trembler ‘‘Saint Froussard’’. Quand à la question que tu te pose : tu ne vas pas rester toute ta vie caché dans cette maison. Il va bien falloir que tu sortes un jour, et je ne vais pas te présenter au monde comme étant un ex-bagnard recherché pour avoir commis un crime, qu’en plus tu n’a pas commis. Non ?
    -Bien sûr je comprends, mais je ne vois pas ce qu’on pourrait dire d’autre.
    -Grand Dieux ! s’exclama Amanda. Mais qu’est ce qu’on lui a fait à ce garçon ? Il a pris trop de coup sur la tête ou quoi ? Quand à toi Georges ! Cesse donc de t’amuser à lui faire peur comme ça ! 
    -Moi je m’amuse à lui faire peur ?
    Jérôme fut surpris de ce qui se passait. Il n’avait pas rêvé : Amanda l’avait bien tutoyé et pendant qu’ils se chamaillaient comme de vieux amis, il essayait de comprendre ce qui se passait. Sans qu’il pu s’expliquer pourquoi, cette scène le tracassa longtemps, puis il y eu autre chose quelque temps plus tard.
    Amanda vivait maintenant avec eux elle avait vieilli d’un coup et Georges avait insisté pour qu’elle vienne vivre avec eux.
    -Vous vous êtes occupé de mon bien être pendant des années. C’est à mon tour de veiller sur vous, Amanda. Lui avait dit Georges quand il l’avait invitée à venir habiter chez lui.
    Et elle avait accepté au grand plaisir de Jérôme qui l’aimait beaucoup. A les voire, on aurait pu les prendre pour une petite famille : la grand-mère, le père le fils. Ce soir là ils étaient attablé et Jérôme était allé chercher la suite du repas à la cuisine c’est en revenant qu’il les entendit discuter. Il eut l’impression qu’ils lui cachaient quelque chose de grave. Assez grave au point qu’ils ne devaient pas savoir qu’il les entendait.
    -Je vais bientôt vous quitter Georges tu sais ?
    -Oh oui je sais. répondit-il en soupirant. Il y a bien longtemps que je me suis fais une raison… Amanda. Pourquoi a tu cessé de te nourrir ?
    -Parce que j’en avais assez ! Tu le sais très bien !
    « Cessez ? Qu’est ce que c’est que cette histoire ? Amanda mange normalement. »
    -Tu vas me manquer Amanda. Tu sais ?
    -Je sais je sais Mais tu n’es pas tout seul. Tu a un compagnon maintenant. C’est très bien. C’est un charmant garçon digne d’être des notre, quoiqu’encore trop jeune. Prends en bien soin jusqu’à ce qu’il ai l’âge requis.
    « Des nôtres ? »
    -Oh je vais en prendre bien soin, ne t’en fais pas.
    -Et puis il faudra le présenter aux autres. Leur avis compte aussi, tu le sais. Mais je ne me fais aucun souci. Ils l’apprécieront autant que je l’apprécie. J’en suis certaine.
    «Âge requis ? Les autres ? »
    Quand je ne serais plus là, prend bien soin du petit. Il aura beaucoup de chagrin. Le genre de chagrin qui peut rendre malade. Soit bien gentil avec lui.
    -Bien sûr Amanda.
    -Non pas bien sûr. Promets le moi !
    -Je te le jure.
    -C’est bien, c’est très bien.
    Il était surpris du ton autoritaire qu’elle avait pris et plus encore des réactions de Georges. Mais il ne compris rien du tout. Comment aurait-il pu ?
    Le temps passa et l’hiver emporta leur douce Amanda. C’était pourtant une belle journée. La neige tombait doucement. La nature était belle car c’était la première neige. Une neige très blanche, celle qui sent la fête de Noël. Celle qui donne envi de faire le sapin et d’acheter les cadeaux. Mais le seul cadeau qu’ils eurent cette année ce fut qu’Amanda s’en alla sans souffrir, en les tenants par la main. Elle s’éteignit avec le sourire. Et la vie la quitta comme une bougie qui s’éteint.
    Jérôme en fut très affecté. Il pleura longtemps et Georges le consola comme on console un enfant. Il pleura longtemps sur son épaule. Puis, il y eut le jour de l’enterrement. Ce fut une journée difficile car, il lui fallait sortir de la maison. Depuis plus de deux ans qu’il y vivait, jamais il n’était sortit. Georges le lui avait interdit et de toute façon il ne voulait quitter la maison. La peur d’être reconnu était trop forte. Mais pour les obsèques d’Amanda, il n’avait pas le choix. Il voulait l’accompagner.
    -Je suis désolé, Jérôme lui avait dit Georges, j’aurais du te laisser sortir plus tôt, pour une première fois, c’est une bien triste circonstance, j’aurais préféré quelque chose de plus gais.
    -Ca ne fait rien avait-il répondu, comme ça au moins, on ne me posera pas de questions.
     Le matin, on sonna à la porte :
    -Tu veux bien allez ouvrir Jérôme ? Lui demanda Georges.
    -Moi ?Mais....
    -Mais personne ne peut plus te reconnaitre voyons ! Je te jure que tu ne risque plus rien. Et puis je dois t’avouer que j’ai déjà parlé de toi à tout les gens que je connais. Pour tout le monde tu es mon filleul. Le fils d’une lointaine cousine qui a perdu sa famille entière dans des conditions tragiques.
    -Moi ?... Pourquoi “tragique’’ ?
    -Pour évité que l’on te pose des questions à ce sujet. La courtoisie et le tact empêcheront les gens de t’en parler, ça t’évitera de commettre un impair. Allez ! Vas vite ouvrir. Je te prie.
    Lorsqu’il ouvrit la porte, il vit une dizaine de personnes aux mines attristées.
    -Bonjour mon garçon. Toi tu dois être Jérôme, je me trompe ?
    -Non je suis bien Jérôme. Bonjour, entrez. La belle femme à la peau presque noire qui venait de lui parler, avait une voix très douce. Et elle ajouta :
    -J’ai beaucoup de peine pour toi.
    Et c’était dit avec une telle sincérité qu’il ne pu que lui sourire.
    Il les laissa entrer, sans se douter de qui ils étaient réellement.
    Georges les accueilli dans le petit salon. Et ils l’enlacèrent chacun leur tour. Quelle scène étrange quand on y pense.
    -Quelle peine tu as mon ami.
    -Mon pauvre ami.
    -Ca fait peine de te voire souffrir ainsi
    -Comme il a changé.
    -On ne le reconnait pas du tout
    -Regardez, il est méconnaissable.
    « Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? »
    -Nous sommes tellement fière de toi.
    -Et notre amis Torqué c’est trouvé un compagnon. C’est merveilleux !
    -“Torqué’’. Mon cher ami.
    -« Torqué ? Pourquoi l’appellent-ils Torqué ? »
    -Tu ne nous présente pas ton ami ?
    -Si bien sûr. Voici Jérôme.
    -Très cher Jérôme, nous sommes tous des amis de … Georges.
    Il fut surpris qu’il hésite ainsi pour se rappeler le prénom de son …ami.
    Puis Georges lui présenta enfin ses nombreux amis :
    Tout d’abord il lui présenta Ambre, la belle femme à la peau presque noire ; David, un jeune homme au regard effaré, Yann qui semblait avoir le même âge que David mais qui avait un air complètement insouciant ; puis Luc, Dimitri, Constantin et Macaire qui le salua en se passant la langue sur les dents et en le fixant droit dans les yeux, il en fut choqué mais n’en montra rien. Puis il présenta les autres femmes toutes assez jeunes et qui avaient l’air de le trouver à leurs gouts, Xénia, Julie, Emilie, Eulalie, et enfin Marthe qui semblait plus âgée que les autres et qui se racla la gorge assez bruyamment en regardant les autres filles.
    -Edgard et Eléanor s’excusent de n’avoir pu venir aujourd’hui dit elle à Georges. Mais ils ont promis de venir plus tard. Ils veulent faire la connaissance du petit.
    Jérôme eut l’impression qu’elle l’avait regardé de façon agressive en disant cela.
    « Décidément, il est grand temps que je rencontre du monde, je crois que je deviens fou »
    Puis ils partirent tous vers l’église. Il y avait beaucoup de gens mais la plupart des personnes présentes étaient surtout venu pour voire à quoi ressemblait le jeune protégé de “Monsieur le notaire’’ qui était quelqu’un de très connu, d’influent, mais aussi de dévoué aux bonnes œuvres. Et les bonnes âmes, pour ne pas dire les grenouilles de bénitiers, furent choquée de voire qu’aucun de ces “étrangers’’ qui entrèrent en groupe dans l’église, ne mit sa main dans le bénitier, et qu’aucun ne se signa. Puis ensuite, il y eut le cimetière et on mit Amanda en terre.
    Les curieux amis de Georges restèrent dans la maison encore quelques jours. Jérôme eut à plusieurs reprises l’impression qu’ils le regardaient d’une drôle de façon. Il trouvait qu’ils avaient des yeux étranges, qu’ils parlaient et se mouvaient d’une façon étrange. Mais il mit ça sur le compte du fait qu’il n’avait vu personne d’autre que Georges et Amanda ces dernières années. Et encore les années avant il n’avait pas eut une vie normale. 
     Et La vie repris son cour. Mais il n’avait pas oublié la conversation étrange qu’il avait entendu ente Georges et Amanda. Le plus étrange, c’était que chaque fois qu’il y pensait, il avait l’impression que Georges le regardait avec insistance. Comme s’il s’attendait à ce qu’il lui en parle. Comme s’il lisait dans ces pensées.
    Un jour, il lui demanda pourquoi ses amis l’avaient appelés du nom de Torqué et se que signifiait ce nom étrange. Georges lui avait répondu de façon évasive, avec un sourire mystérieux.
    Décidément, se dit il, il y des choses qui ne tournent pas rond dans cette maison.
     Ce ne fut qu’a l’hivers suivant que toutes les réponses lui furent données.