• paragraphe 2 ( le retour)

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    Sacha, son ancienne colocataire, habitait toujours à la même adresse, le même appartement. Elle avait pris le bus “VEEC’’ – véhicule, économique, écologique commun. Une chance, celui-ci s’arrêtait pratiquement au pied de son ancien logement. Elle ne se voyait pas faire une partie du chemin à pieds, après ce long enferment, elle était rouillée. Il lui semblait que le temps c’était arrêté pendant ces dernières années. C’était toujours le même bus, avec le même chauffeur, les personnes anonymes qui se connaissaient de visages, mais pas de noms ni d’aucune autre façons.
    Quand elle avait tendu sa carte de paiement au chauffeur, celui-ci l’avait refusée avec un sourire :
    Reconnaissant la carte de Réhab.
    -Gardez vos crédits mon petit chat.
    « Mon petit chat » Toujours la même expression ! Il l’employait souvent quand il s’adressait à une jeune femme qu’il trouvait jolie. Pour elle qui se sentait vieillie, et enlaidie, cela l’étonna et lui redonna un peu d’espoir.
    Ces cartes avaient une utilisation limité dans le temps plus ou moins long, avaient un crédit plus où moins gros et n’étaient pas utilisables partout et surtout pas pour le luxe… Elles servaient surtout pour les frais de premières nécessités. L’avantage, c’était que les “sortants’’ n’avaient plus à attendre des années avant de toucher leurs indemnités, prétexte utilisé quand leur mise en service avait été instauré. En vérité, cela coûtait beaucoup moins cher à la communauté que l’ancienne méthode. Depuis l’instauration de ces cartes, les indemnités versées étaient bien moins grosses qu’auparavant La carte qu’on lui avait octroyée, avait une validité de vingt ans, elle avait de quoi vivre et du temps devant elle. Un travail était “généreusement ” donné d’office aux sortants pour leur réinsertion. Seuls les disculpés avaient le droit de le refuser, ce qui néanmoins, était très mal vu. Le travail ne manquait pas. Avant, elle était costumière, un travail qu’elle adorait avec un salaire moyen qui lui suffisait largement. Dire que les places étaient rares était encore en dessous de la vérité. Elle n’avait donc plus aucune chance de retrouver une place dans son ancien métier.

    Il ne restait qu’un double siège vide, à l'avant dernière rangée,au fond du Veec, qu’elle dû traverser à regret, sentant tout les regards braqués sur elle. Elle regardait droit devant elle, de peur de croiser les regards de tous ces gens. La plupart baissaient la tête, comme désolés ou honteux. D’autre restaient indifférents ou essayaient de le paraître. C’est ainsi qu’elle l’interprétait. A moins que ce ne soit qu’une impression.
    Seul un couple montrait vraiment de l’hostilité, la regardant avec un mépris plus qu’évident et que visiblement ils voulaient montrer. Ils étaient assis à droite de l’allée centrale, de l’autre coté des deux places vides qui restaient. Elle s’assit près de la fenêtre, autant pour voir le paysage que pour rester le plus loin possible de ce couple déplaisant. Ils étaient aussi maigre l’un que l’autre, lui, un œil de travers et le nez tordu, l’air méprisant, le regard mauvais, du genre qui ne voit pas plu loin que le bout de son nez. Elle, une fausse bonde frisée, aux cheveux courts, la fixant la lèvre supérieure relevée comme une chienne prête à mordre laissait deviner qu’elle portait un dentier mal ajusté. Ses yeux d’un bleu délavé avaient une expression qui sous-entendait une absence d’intelligence.
    Ellie colla son front contre la vitre, elle était froide car le bus était à peine chauffé : économie d’énergie, et manque de moyen. Il lui sembla que ce froid l’apaisait un peu
    Une fois installée, elle prit dans son bagage un petit cahier qui lui servait de journal. Des années auparavant elle les brûlait après y avoir inscrit tous ces malheurs d’adolescente. Une thérapie comme une autre.
    Elle écrivit :

    « Je crois que l’enfermement m’a rendu parano. J’ai l’impression que tout le monde connaît mon histoire, mon nom, reconnaît mon visage. Me plaint ou me méprise. Comme ces gens dans le bus. Peut être que leur réaction est normale. Je ne sais pas, je ne sais plus. Il va, je crois, me falloir beaucoup de temps avant de reprendre une vie normal. Si toutefois on peu reprendre une vie normal après ce que je viens de vivre

    -C’est quand même nous qui “ payent’’ !
    Souffla la femme maigre au dentier mal ajusté à son compagnon, assez fort pour qu’on puisse l’entendre.
    -Ta gueule sale connasse, murmura la femme assis derrière Ellie. Ce qui la fit sourire. Il y avait longtemps…
    Ellie se laissa bercer par la musique diffusée en sourdine dans le bus. Il y avait des morceaux que, bien sûr, elle ne reconnaissait pas.

    Le véhicule quitta la petite route pour une plus grande. Le paysage qui défilait dehors avait changé. La route était plus large, les arbres en bordures avaient fait place à des lampadaires tordus qui se voulaient jolis, et nouveauté, il y avait un petit rond point à chaque carrefour.
    Elle traversa, enfin, son ancienne ville, une jolie petite ville avec sa partie commerce et sa partie habitation, Et elle vit avec plaisir que celle-ci n’avait pas changée .Mis à par quelques enseignes de magasins. Deux ou trois commerces avaient changé de place, mais ils étaient toujours là. Et c’était toujours les mêmes petites demeures avec leurs petits jardins potagers et leurs arbres fruitiers. Et son quartier, avec les trois petits immeubles en forme de Y de 6 appartements chacun. Les façades avaient été repeintes.
    Quand elle quitta le VEEC, elle se sentait un peu mieux, et surtout elle ne chercha pas à savoir si les gens la regardaient ou pas.
    Il faisait froid malgré le soleil. C’était la fin d’un hiver qui s’attardait. Les quelques nuages dans le ciel bleu lâchaient leurs derniers flocons de neige. Un curieux temps, qui toutefois ne manquait pas de charmes.
    « Tiens ? Un papillon jaune »
    Enfant elle adorait la vue du premier papillon jaune de l’année. Comme tous les enfants qu’elle connaissait, enfin, les filles surtout. Et comme les autres filles, elle faisait un vœu.
    Ils étaient l’annonce du printemps. Celui-ci était bien pressé, le temps était encore trop froid pour un papillon.
    Elle regarda le papillon voler jusqu’à ce qu’il soit hors de vu. Comme elle faisait quand elle était enfants, mais cette fois-ci, elle ne fit pas de vœu.

     

     

     

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