• paragraphe 11 : Cauchemars.

     

    < triste réveil

     


    Les jours qui suivirent, elle allait de plus en plus mal. Avec les mêmes symptômes que Raoul : une énorme fatigue,
    plus aucun appétit, et elle avait peur sans savoir de quoi. Elle se sentait isolée car elle était à nouveau dans sa
    chambre, qu’elle trouvait sinistre avec son style antique. Elle se mit à faire des cauchemars. Elle rêvait qu’elle avait
    les pieds dans une mare de sang et que la mare de sang grossissait, grossissait, au point qu’elle se retrouve
    complètement immergée, et manque de se noyer dedans, ou elle rêvait qu’elle était au milieu d’une dizaine de gens
    qui parlait une langue qu’elle ne comprenait pas, ils parlaient entre eux, mais semblait ne pas s’écouter les uns les
    autres. Et soudain ils se mettaient tous à saigner, du nez, de la bouche, des oreilles, et des yeux. Le sang coulait,
    l’un après l’autre, ils se retournaient tous vers elle, et se rendaient compte, qu’elle était la seule à ne pas saigner.
    Alors ils s’approchaient d’elle les bras tendus, cherchant à la toucher, à l’attraper. Dans son pire cauchemar, elle se
    voyait buvant du vin, une coupe énorme de vin, avant de s’apercevoir que c’était du sang.

    Elle aurait voulu pouvoir consigner tout ça dans son journal, mais elle n’en avait pas le courage.
    Elle gardait ses forces pour allé se soulager et se laver. Elle en était à ce point. Raoul prenait soin d’elle. Mais la
    nourriture lui était de plus en plus insupportable, elle ne pouvait plus rien avaler de consistant, que du liquide Elle
    fini par remarquer que les aliments qu’on lui donnait était le plus souvent rouge ou de couleur foncée.

    Ils lui faisaient avaler de force, sans dire un mot. Alors quand il repartait elle se cachait sous les draps pour pleurer.
    Ça faisait à peine un an qu’elle était là, et les choses avaient évolué de façon irrationnelle. Elle avait été embauchée
    pour s’occuper d’eux, et maintenant c’était le contraire.

    « Pourquoi me gardent-il ici Pourquoi ne pas me virer et prendre quelqu’un d’autre à ma place ? Pourquoi…
    Pourquoi… Pourquoi …Qu’est-ce qu’ils font ?qu’est-ce qu’ils veulent ? »

    Elle avait posé toutes ces questions à Ludgor un jour pendant qu’il l’auscultait, Il ne répondit pas. Il la laissa seule,
    avec ses questions, son malaise, et sa peur.

     

    *****


    « -Pourquoi la pluie se semble-t-elle toujours se mêler au instant tragique ? »
    «- Venge-toi avant qu’ils ne recommence avec quelqu’un d’autre»
    « -Souviens toi Ellie ! souviens toi  du mal qu’ils t’ont fait »
    « -La première fois est toujours un peu difficile, mais nous sommes là pour t’aider. »
    « -Ils doivent tous payer, nous sommes leur destin, et eux notre nourriture. »
    Les voix chuchotaient dans la nuit.
    -VITRRIEEER....
    Le cri lui semblait plus un souvenir qu'un rêve
    « -Ça nous arrive à tous, les souvenir se mélangent... »
    Des cris, des rires d'enfants, un bruit d'une alarme...
    Les sabots des chevaux sur le pavé, les roues d'une calèche,..
    -Au bûcher !...Sorcière...
    -VITRIER...
    Des plaintes, des gémissements, une odeur écœurante, répugnante, et un nom
    « -Tibère »
    Le bruit sinistre d'un couperet qui tombe et cri d'une femme en larmes
    La chaleur d'un soleil lointain, et le Sphinx si blanc, avec ses yeux bleu magnifique incrusté de saphirs.


    Le froid la réveilla en pleine nuit. La première chose qu’elle remarqua, ce fût le silence. Habituellement le vieux frigo
    émettait un ronronnement régulier qui allégeait le silence angoissant des nuits. Quelle heure était-il ? Impossible de le
    savoir, son réveil n’affichait plus rien, elle essaya machinalement d’allumer la lumière, sachant pourtant que se serait
    parfaitement inutile. Rien, panne de courant. Elle décida de se lever. Elle aurait forcément plus chaud une fois habillée.
     Elle s’habilla rapidement, dans la pénombre. Heureusement c’était une nuit de pleine lune, et comme elle ne fermait
    jamais les volets, sa lumière éclairait à travers les fenêtres.

    Elle y arriva sans mal, malgré son genou qui l’agaçait encore un peu.
    Pourquoi le chauffage était-il arrêté ? Ludgor avait probablement oublié de charger la chaudière le soir précédent.
    Ou peut être n’avait-il pas mis assez de bois ? Elle décida d’aller vérifier. Comme elle ne voulait pas traverser
    l’appartement du bas car les deux hommes étaient probablement couchés, elle devrait passer par l’extérieur. Elle
    enfila son manteau et ses bottes, se disant qu’elle commettait peut être une imprudence. Arrivée au bas des escaliers,
    elle chercha la clé pour ouvrir la porte de l’entrée. Elle était introuvable. Elle ne comprenait pas pourquoi, d’habitude
    elle la laissait dans la serrure. Un nuage épais vint cacher la lueur de la lune, et le peu de lueur qui traversait la vitre
    disparue presqu’entièrement. Elle chercha encore, par terre, la clé était probablement tombée, elle tâta sous le
    paillasson, et dans les tiroirs du petit meuble qui se trouvait dans l’entrée. Elle n’était nulle part. Elle se dit alors
    qu’elle devrait passer par l’appartement. Là aussi la clé avait disparue, pourtant là aussi elle laissait toujours la clé
    sur la porte. Elle supposa qu’elle avait oublié de la verrouiller, et que la clé devait être ailleurs, peut être dans une de
    ses poches ? La porte était probablement ouverte.

    Embarrassée, hésitante, elle mit la main sur la poignée de la porte qui menait à l’appartement . Elle culpabilisait à
    l’idée d’y entrer en pleine nuit, mais elle crevait de froid. Et elle voulait à tout prix ranimer le chauffage. Elle était en
    plein dilemme, Elle hésita. Oui ? Non ? Elle tourna la poignée de la porte… Fermée ! Elle insista un court instant ; la
    porte refusa de s’ouvrir. Le problème était réglé. Elle remonta les escaliers, elle avait froid et elle était en sueur. Dans
    la cuisine elle chercha un petit thermomètre qu’elle approcha de la fenêtre pour y lire ce qu’il affichait, le nuage
    s’effaça enfin laissant passer un semblant de lumière, il marquait 19°, elle le rangea dans un tiroir, soit il ne
    fonctionnait pas, soit elle était malade. Une sensation désagréable au creux de l’estomac lui fit comprendre qu’il n’y
    avait que le froid qui l’avait réveille, elle était affamée, comme si elle n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Il fallait
    qu’elle mange quelque chose, n’importe quoi, la faim était si énorme qu’elle lui ravageait le ventre. Les placards ne
    contenaient que des aliments secs, des pâtes, du riz... Rien qui lui convenait, il lui fallait quelque chose qu’elle puisse
    consommer rapidement. Mais il n’y avait rien, ni conserve, ni biscuit, comme si on avait fait le vide dans ses réserves.
    Elle ouvrit le frigo, il était presque vide, mis à par un paquet blanc qu’elle n’y avait pas mis. Elle l’ouvrit espérant y
    trouver quelque chose d’intéressant…

    Il contenait de la viande rouge, crue… Exactement ce qu’il lui fallait… Elle la dévora en mordant dedans à pleine
    dents, comme un animal. Elle réalisa un court instant ce qu’elle était en train de faire, effarée, puis continua à dévorer
    son repas. Elle alla ensuite dans la salle de bain, elle avait le front brûlant, un peut d’aspirine ou autre ne pouvait pas
    lui faire de mal. Le placard de la pharmacie était vide. Elle passa sa main fébrilement sur les rayons, il n’y avait plus
    rien. Elle y avait pourtant rangé des produits de premiers soins, mais il était désespérément vide.


    «Mais c’est quoi ce bordel ? ».

     
    Elle retourna se coucher, toute habillée sous les couvertures, s’efforçant de chasser de son esprit tous ces
    « pourquoi » qui lui engluaient le cerveau. Elle fini par se rendormir. Une nuit agitée aux rêves pénibles.

    Le matin suivant, elle pensa avoir fait un rêve absurde, elle en faisait beaucoup ces derniers temps.
    Puis elle se rendit compte qu’elle était habillée. Elle n’avait donc pas rêvé !
    Dans le miroir de la salle de bain, elle vit un visage affreux avec des traces brunes séchées autour de sa bouche, elle
    en avait aussi sur les mains, elle comprit avec horreur qu’elle n’avait pas rêvé, qu’elle s’était nourrit comme une
    bête. Elle s’empressa de nettoyer ces taches qui la répugnaient Elle se rassura en se disant qu’elle avait
    probablement fait une crise de somnambulisme. Pourquoi pas ? Quelle autre explication aurait-elle pu donner ?

    Elle avait toujours aussi froid pourtant le chauffage fonctionnait de nouveau. Elle se fit couler un bain autan pour se
    détendre que pour se réchauffer, et se massa la nuque en attendant. C’est alors qu’elle sentit quelque chose de
    rugueux sous ses doigts.

    -Oh non.
    Elle tira son col pour voir ce que c’était :
    -Oh non !C’est pas vrai !
    Elle arracha son sweat, et découvrit l’état de sa peau. Comment ce faisait-il qu’elle ne les ait pas remarquées
    plus tôt ?

    C’est un cri de détresse qui sortit de sa bouche, elle tomba sur ses genoux, poussa un autre cri, un cri de colère
    de même que ses larmes. Son dos était plein de traces qui bien qu’atténuées, ne pouvaient lui laisser aucun doute
    sur ce qui s’était passé quelques jours auparavant. Des traces ecchymoses, ovales, et qui avaient saignées.
    Une vision répugnante, sordide lui traversa l’esprit. Combien d’entre eux avaient-ils… ? Un ? Deux ? Plus ? Tous ?
    Les femmes étaient-elles au courant ? Avaient-elles laissé faire ?... Ou pire, avaient-elles participé ?

    Elle se traîna tremblant et gémissant vers la baignoire sabot qui était sur le point de déborder. Elle défit son pantalon,
    garda sa petite culotte sur elle, et sans regarder le bas de son corps de crainte d’y trouver des marques plus horribles encore, elle entra dans l’eau sans remarquer qu’elle était trop chaude. Elle voulait s’y noyer.

     

     

    à suivre>>Mensonges et révélations