• Je peux compter sur toi? & 8

     

      

     

    Clinique des oiseaux, autrefois appelée clinique des anges, mais comme le service principale était désormais la maternité, le nom avait été changé (*) .

    C'est Danica qui alla aux renseignements. Histoire de femmes. Elle pensait avoir plus de chance d'obtenir la coopération des infirmières et sages-femmes . Mathias préféra l'attendre à l’extérieur.

     

    La petite pièce aux murs encombrés de dossiers et de produits médicaux sentait le désinfectant. Mais l'odeur était moins désagréable que celle de l’éther.

    - il y six mois demanda-t-elle à la sage femme , une femme enceinte de huit mois à été hospitalisée suite à un accident qui à déclenché la naissance prématuré de son bébé et le décès de son mari et de ses deux autres enfants, vous devez vous en rappeler.

    -Non, ça ne me dit rien, je ne vois pas.

    Elle lui mentait, pour Danica il n'y avait aucun doute : la voix hésitante, le regard fuyant, le ton employé, tout prouvait qu'elle lui mentait.

    - Pourtant un drame comme celui-là ne passe pas inaperçu, même quand on a l'habitude de voir souffrir les gens, ça ne laisse pas indifférent. Vous ne vous souvenez vraiment de rien ? Mélanie Ambert, ce nom ne vous dit rien ?

    -Mais je n'étais pas encore là il y a six mois, il n'y a que quatre mois que je suis dans ce service.

    - Vraiment ? Et vos collègue n'en on jamais parlé ?

    -Non je ne crois pas.

    -Vous ne croyez pas , ou vous en êtes sûre ?

    Danica sentait une forme d'agressivité monter en elle, son instinct de femme lui disait qu'un drame plus grave que la perte d'un bébé se cachait dans les murs de la maternité. Elle se dit qu'elle aurait dû demander à Gréco de venir à sa place, Quoique… pas sûr. Il faisait de cette affaire quelque chose de personnelle, trop personnelle.

    La sage femme semblait être au supplice.

    -Je voudrais voir le registre des naissances.

    -Je ne sais pas si j'ai le droit.

    -Danica lui flanqua sa carte de flic sous le nez :

    -Et ça ! C'est quoi !

    -Mais le secret médical…

    -Je veux juste savoir des dates et les noms des personnes qui se sont occupées de cette patiente ! Grinça-t-elle.

    La carte de flic touchait presque le nez de la femme en blanc. Qui fini par céder.

    Dani consulta enfin le registre. Intéressant, très intéressant.

    -Je veux parler à votre collègue.

    -Elle n'est plus ici.

    -Et où peut on la trouver ?

    -Je n'en sais rien. Et puis on m'attend, j'ai du boulot, moi, il y a des patientes qui m'attendent.

    Elle quitta la pièce brutalement, dans un mélange de panique et de colère. En sortant elle bouscula une collègue qui voulait entrer. Manquant de lui faire tomber les dossiers qu'elle avait en main.

    -Qu'est-ce qui se passe ici, qui êtes-vous madame ?

    -Mademoiselle rectifia Danica.

    Puis elle se présenta et reposa la même question à la nouvelle arrivée. Une infirmière. Plus coopérative.

    -Mélanie Ambert ? Bien sûr que je me souviens. C'était affreux, Un horrible accident, Un père et ses deux enfants tués, et une futur maman dans un état plus que critique. Nous avons été obligés de pratiqué une césarienne. La grossesse était bien avancé presque à terme.

    -Et le bébé ? Dans quel état il était ?

    -C'était une jolie petite fille.

    -Où est-ce que vous vous croyez toutes les deux !? Beugla une femme revêche, plantée dans l'encadrement de la porte. Probablement la chef de service. Une boulote aux cheveux mal frisés, gracieuse comme une porte de prison. Danica ne pu s'empêcher de penser qu'elle en voulait à tout le monde du fait que sa coiffeuse l'avait ratée.

    -Vous ! Vous êtes ici pour travailler il me semble ! Et vous ! Vous ne faite pas partie du service et vous n'avez rien à faire ici.

    -Mais j'allais prendre ma pose, j'y ai droit. Répondit calmement l'infirmière.Posant les enveloppes sur la table, sa blouse blanche sur une chaise et en allant prendre un petit paquet qu'elle mit dans sa poche. Peut être un paquet de cigarette ?

    -Si vous allez dehors pour fumer, n'oubliez pas de vous laver les mains et les dents après, couina la cheftaine, sinon vous allez puer et il y des patients qui craignent. Ce serait que de moi j’interdirais de fumer même à l’extérieur. L'infirmière ne dit rien mais elle pensa tellement fort la réponse qu'elle aurait pu lui donner, que Danica eut l'impression de l'avoir entendu. Elle l'imagina même avec un doigt levé bien haut.

    -Et moi j'allais m'en aller. Ajouta-t-elle.

    -Et vous vouliez quoi ?!

    Elle sortit sa carte la montra au cerbère en blouse blanche :

    -Des renseignements. Puis elle quitta la clinique. Ignorant la femme en blanc à la coiffure ratée.

    Elle avait des chose très intéressantes à apprendre à Mathias. Mais avant, elle voulait retrouver l'infirmière. Elle savait qu'elle voulait lui dire autre chose avant d'être interrompu.

     

    ***

     

    Un coin de la cour était réservé au fumeur, il était strictement interdit de fumer à un autre endroit surtout pour le personnel. Un courte haies d’arbustes délimitait l'endroit.

    Danica aperçut l'infirmière assise sur un banc de pierre en train de fumer. Celle -ci l'aperçu.

    Elle lui fit un discret signe de tête, elle lui montra son paquet de cigarette, le secouant légèrement, plia délicatement le fond et les cotés vers l’intérieur sans la quitter du regard. Puis elle alla le déposer dans la corbeille à papier placée vers la grille d'entrée. Et elle retourna s'asseoir sur son banc comme si elle ne la voyait plus. Danica sortit un mouchoir en papier de sa poche, fit semblant de s'en servir, et le jeta dans la poubelle. Il y avait plusieurs paquets de cigarettes vides au milieux d'autres déchets en particulier des paquets de gâteaux vides. Elle reconnu facilement le paquet que l'infirmière venait de jeter grâce aux pliures qu'elle y avait fait. Danica récupéra le paquet puis le mit discrètement dans sa poche. Puis retrouva Mathias :

    -Tu fais les poubelles maintenant ?

    -C'est de l'humour ?

    Une fois dans la voiture elle sortit le paquet de cigarette plié de sa poche, l'ouvrit, et en sortit le papier métallisé qui avait été plié et remis dans le fond du paquet vide.

    -Alors ?

    Elle déplia le papier, et lui les quelques mots que l'infirmière y avait écrit.

    Elle passa le mot à Mathias

    Il y avait inscrit :

    « L’enfant est toujours en vie, on m'a menacé si je parlais »

     

    ***

     

    Après la découverte du message ,tout alla très vite : Danica  avait vu sur le registre qu'une autre femme avait accouché par césarienne, le même jour à la même heure, d'une petite fille.

     

    Toutes les personnes qui s'étaient occupées des deux patientes furent convoquées.

    La sage femme que Danica avait soupçonné avoir mentit était en train de craquer, en sanglots,elle essayait de se justifier. Gréco en face d'elle la laissait parler, la fixant les bras croisés, calé sur le dossier de sa chaise...on le sentait en colère.

     

    -On a vraiment cru qu'elle allait mourir, et il y avait cette femme qui venait d'accoucher d'un bébé mort-né, Le troisième, alors j'ai échangé les bébés, croyant bien faire.

    -Croyant bien faire ! Explosa Danica. Se redressant elle tapa du plat de la main sur la table :

    -Et toute l'équipe était au courant ? N'est-ce pas. ? Ou presque !

    -On est plusieurs. On a échanger les noms, les dossiers, et puis au bloc, tout le monde est concentré sur le bon déroulement de l'opération. Les accouchements, et les césariennes s'enchaînent, on ne peut pas se rappeler de toutes les futur mères.

    -Donc C'est facile ! ? ... Mais Vous vous rendez compte des conséquences !? Lui lança Danica . Il va falloir retirer un enfant à une famille pour le rendre à sa vrai mère. Sans compter que cette femme est persuadée qu'il s'agit de son vrai bébé. Mais vous vous rendez-compte du bordel que vous avez foutu ?!

    -Mais je croyait vraiment qu'elle allait mourir ! Je le jure ! S’excusa, la jeune femme sur un ton plaintif,en s'adressa à Greco qui n'avait pas dit un mot pendant l'échange qu'elle avait eu avec sa coéquipière. Puis se retourna vers Danica :

    -Vous savez ce que c'est vous de perdre son enfant ?! Il faut les voir celle qui viennent en urgence parce que leur bébé vient de mourir avant même de naître. La douleur est pire qu'un accouchement, c'est une vrai torture. Et celle qui accouche d'un enfant mort ? Et celle qui n'ont leur enfant que quelques heures parce qu'ils décèdent, on ne sait pas pourquoi ! C'est physique, c'est morale, c'est une douleur insupportable. Non vous ne savez pas ce que c'est que de voir ces femmes pleurer !C'est La pire des douleurs qui existe. Il y avait cette femme elle avait perdu trois bébés. Trois, et cette femme qui devrait être morte. Toute sa famille était morte dans l'accident, et ce bébé, cette toute petite fille qui n'avait plus personne au monde ! Alors j'ai fait ce que j'ai cru le plus juste, j'ai échangé les bébés. Et quand j'ai entendu qu'on parlait d'un ''véritable miracle'' au sujet d'une patiente ayant échappé à une mort certaine, et que j'ai compris qu'il s'agissait de la mère de la petite fille, il était trop tard ! C'était trop tard !

     

    C'est une jeune femme en larmes qui sortit de la salle d'interrogatoire.  Gréco lui épargna les menottes.

     

     

    (*) Le terme de "faiseuses d'anges" était employé autrefois pour désigner les femmes qui pratiquaient les avortements acte alors illégal