• Je peux compter sur toi? &2

      -Ça va, toi ? La voix de Danica le sortit du dossier des personnes disparues. 
    -Oui pourquoi ? 
    -Tu as l’air troublé depuis ce matin. Encore une visite c’est ça ? Ils ne te laisseront donc même pas une journée de repos. Dès qu’un cas est résolu, un autre s’empresse de t’apporter le sien. 
    Elle semblait fâchée. Comme tout le temps, Mathias s'y était habitué depuis longtemps. C’était Danica ! 
    -Un enfant, deux trois ans peut être, je ne sais pas. Je ne suis même pas sûr qu’il ait besoin de moi, apparemment il voulait jouer. 
    -Jouer ? 
    -Oui, il m’a demandé s’il pouvait compter sur moi. 
    -Et alors ? Mathias posa ses doigts sur la tête de sa partenaire, et fit comme l’enfant le matin même. 
    -Un, deux trois. J’ai compté sur toi.  

     

    ***

     

    Il avait passé des heures à faire des recherches, mais il ne trouva rien, absolument rien. Ni dans les homicides, ni dans les personnes disparues. Et personne ne pouvait l’aider. Faire le portrait robot d’un enfant était difficile, voire impossible Une migraine lui enserra le crane.

    Elles étaient fréquentes, et rien ne le soulageait. On lui avait dit que le café était efficace. Mais depuis son coma il ne le supportait plus. Même l’odeur lui donnait la nausée. Il plaça sa tête dans ses mains et ne pu s’empêcher de gémir. 
    -Pas besoin de me dire ce qui ne va pas, lui lança Danica. Fichues migraines ! Allez viens, je te ramène chez toi ! Et ne discute pas. 
    -Pas le temps, grogna-t-il, la voix éraillée. 
    -Discute pas, insista-t-elle. Rien qu’à voir ta tête je prends mal moi aussi. Puis elle se reprocha aussitôt :
     « Il faut vraiment que j’arrête de le materner comme ça »   Elle le conduisit jusque chez lui.

     -Tu veux que je t’accompagne jusqu’au bout ? Le regard qu’il lui servit de réponse lui fit comprendre que non. Elle n’insista pas. Il la remercia avant de quitter la voiture.  

     

    ***

     

    -Je peux compter sur toi ? Il se réveilla en grognant, le crane encore douloureux. À peine arrivé, il s’était affalé en travers de son lit, tout habillé : 

    -Est-ce que je peux compter sur toi ? Au moins c’était un réveil en douceur. Scotché à plat ventre, le nez dans les couvertures, Mathias se retourna avec peine. S’assit péniblement sur le bord du lit. Il constata étonné que l’enfant avait changé de vêtements. Il ne se rappelait pas vraiment comment il était habillé la veille, mais il était sûr qu’il n’avait pas ce sweat. Un motif représentait ce qui semblait être un loup ou un chien les poils de la tête en bataille, et l’air complètement déjanté : 
    -Tu t’es changé ? 
    -ben oui. C’est très important. Monsieur ours. Ça aussi c’était nouveau, non seulement l'enfant lui parlait, mais il pouvait communiquer avec lui. Mathias tendit la main vers l’enfant, lui montrant le dessin : 
    -Mais ce n’est pas un ours ça. C’est quoi ? Un chien, un loup ? 
    -Mais non. Monsieur ours c’est toi. 
    -Monsieur Ours ? Moi ? S’étonna Mathias, amusé. 
    -Ben oui. Tu grognes tout le temps. 
    -Alors lui c’est qui ? 
    -C’est Hurmphi. 
    - Hurnpi ? Répéta Mathias qui avait mal entendu. Il se demanda si cette fois, il n’était pas devenu fou pour de bon. Il discutait avec un enfant transparent comme il l’aurait fait avec n’importe qui. 
    -Non Hurmphi. Insista l’enfant. Puis il ajouta, plus sérieux : 
    -Je peux compter sur toi ? Une pointe en acier traversa le crane de Mathias en passant par l’œil.
    Il vacilla gêné par la nausée. 
    -Désolé chaton, mais ce n’est pas vraiment le moment. 
    -Alors, je peux pas compter sur toi ! L’enfant le regardait avec un regard de colère, les sourcils froncés. Incongru dans un visage d’enfant. Puis son regard devint entièrement noir.
    Mathias avait déjà vu ce phénomène plusieurs fois chez ses « visiteurs ». En y réfléchissant : chez tous ses visiteurs. Mais l’enfant ne l’agressa pas contrairement aux autres. L’enfant ne dit rien d’autre, il se mit simplement à jouer à même le sol avec une petite voiture, visiblement sans y prendre aucun plaisir. Ses yeux atrocement sombres se tournaient régulièrement vers Mathias. Celui-ci alla s’asseoir par terre à côté du petit fantôme, regrettant de ne pas pouvoir le faire pour de vrai avec l’enfant que Catherine aurait pu lui donner.
    Il tendit tendrement la main vers celle du petit garçon qui tenait la voiture, et passa au travers. Aucune sensation de froid, même pas un souffle. Rien qu’une vision. Il en fût presque déçu. 
    -Qu’est-ce que tu cherches à me dire ? 
    Le petit se tourna vers lui avec une moue boudeuse. Il retourna la voiture jouet et lui fit faire des tonneaux avec brutalité. 
    -Un accident ? C’est ça que tu veux me dire ? Un accident de voiture, L’enfant, maintenant en colère, serra la voiture dans ses mains, et sans quitter Mathias des yeux, la frappa par terre violemment à plusieurs reprises. 
    -D’accord bonhomme. J’ai compris. Ce n’était pas un accident. L’enfant se remit debout. Il avait l’air penaud. Le noir sinistre qui couvrait ses yeux disparu et laissa un regard infiniment triste. 
    -J’ai compris bonhomme, je vais t’aider, c’est promis. Les yeux remplis de larmes, le visage du petit fantôme semblait mouillé. 

    -Non ne pleure pas, je vais t’aider ; c’est promis… L’enfant disparu, le laissant seul avec un chagrin naissant. 
    -… C’est promis 

     

    Je peux compter sur toi? &2