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    La maison semblait abandonnée, triste. Les massifs de fleurs n'étaient pas entretenus, la pelouse, pas tondue, et des jardinières sur les rebords des fenêtres contenaient des géraniums desséchés, pourtant, les volets n'étaient pas fermés.

     

    -A mon avis, il n'y a plus personne ici, supposa Danica.

    Dans le doute, Mathias frappa quand même à la porte. Une fois, puis deux. Pas de réponses comme il s'y attendait.

    Alors qu'ils allaient s'en aller, une femme âgée les interpella de derrière la clôture.

    -Mais vous voyez bien qu'il n'y a plus personne. Ce n'est pas la peine d'insister.

    -Ce n'était pas mon intention.

    -Qu'est-ce que vous leur voulez à mes voisins ?

    -Police ! Capitaine Gréco, lieutenant Miller On enquête sur l'accident....

    -C'était il y six mois, le coupa la femme. Vous trouvez qu'ils n'ont pas assez souffert, comme ça ? Ça vous amuse de retourner le couteau dans la plaie ?

    -C'est juste un complément d'enquête

    -Et c'est seulement maintenant que vous réagissez ?

    -Pourquoi cette question ? Vous leur connaissiez des ennemis ? Demanda Danica.

    -C'est pas à moi de vous répondre. Je ne les connaissais pas assez.

    -Vous devriez aller voir la gazette du quartier leur conseilla un homme qui taillait des rosiers derrière la voisine et qu'ils n'avaient pas vu. Visiblement son mari ou son compagnon.

    -Mais tais-toi donc !

    -Et quoi ? Il y a des choses qui doivent être sues !

    -Et quelles sont ses choses qui doivent être su ? Questionna Mathias.

    -Çà !? Des bruits qui courent. Personne n'est sûr alors on ne dit rien, et surtout pas à la police.

    -Personne ne sait rien. Des ''on-dit'' et c'est tout ! Alors ferme-la ! S'énerva la femme.

    -Allez voir la Gazette. Continua l'homme en ignorant sa compagne.

    -La gazette ? Demanda Danica.

    -Espèce de vielle baderne ! Mais tu ne peux pas la fermer !

    En colère elle retourna à la maison sans ajouter un mot de plus, et rentra chez elle en claquant la porte.

    L'homme se contenta de hausser les épaules.

    -Au bout de la rue, par là, dit-il en joignant le geste à la parole. Une toute petite maison avec un toit vert. La petite grand-mère qui y habite, elle vous dira peut-être ce que vous devez savoir. À elle, personne ne lui en voudra de vous avoir parlé. Elle ne sort jamais de chez-elle, mais elle sait tout.

    -Moi vous savez, les commères.

    -On se calme commissaire.

    -Capitaine...Le reprit Mathias

    L'homme haussa les épaule en entendant le grade qu'il estimait réserve au militaire et trouvait absurde qu'il soit utilisé de cette façon.

    - La Gazette elle sait tout, elle ne raconte jamais de fadaises, elle ne répète que la vérité, elle ne ment ni ne se trompe jamais. Quand elle sait, elle sait !

    -Imbécile ! Hurla la femme de derrière la fenêtre où elle les épiait sans s'être fait remarquer.

     

     

    Après avoir remercié le vieil homme pour les renseignements, ils allèrent voir la fameuse Gazette.

    -A mon avis, ils en ont pour la journée à s'engueuler déplora Danica.

    -Ils s'en remettront, je ne me fais aucun souci pour eux.

    Ils trouvèrent facilement la maison. Elle était en effet très petite, presque invisible au milieu des autres, mais on ne pouvait pas ne pas la remarquer.

    Le toit du perron de l'entrée était si bas que Mathias avait peine à se tenir debout, et la porte était bien moins haute qu'une porte normale

    -Je me demande qui peut bien supporter de vivre là-dedans ?

    -Quelqu’un qui s'y plaît, Mademoiselle.

    La porte s'ouvrir en grinçant.

    -Et bien entrez ! Si je vous ai ouvert la porte, c'est bien pour ça non ?

    Ils durent se pencher pour entrer.

    -Et bien quoi ? Vous n'avez jamais vu de personnes de petite taille ? Ma maison est petite et à peu près à ma mesure, mais elle est grande ouverte aux visiteurs. Inutile de vous présenter, je sais déjà qui vous êtes pourquoi vous êtes là, et ce que vous voulez savoir. Asseyez-vous sur le canapé, je vous apporte le thé.

    Mathias et Danica n’osèrent pas refuser de peur de la fâcher.

    Une fois le thé servi, elle donna à chacun un petit paquet de photos.

    -Tenez, des photos de mes voisins : le père, les deux enfants, et la maman.

    Mathias reconnu de suite le petit garçon qui était venu lui rendre visite quelques nuits plus tôt. La photo le montrait à côté d'un autre garçon plus âgé que lui, son frère :

    -Ils avaient cinq ans de différence, mais l'aîné faisait beaucoup plus.

    Le père, lui, était en combinaison de pilote, tenant son coéquipier par l'épaule, affichant tous les deux un sourire ravi de vainqueurs. Une autre photo les montraient devant une superbe voiture de rallye.

    - C'était lui le pilote dit -elle à Mathias en lui tendant une coupelle de petits gâteaux, Vous en voulez un ? Demanda-t-elle sans transition.

    Il refusa poliment

    -Il était très doué, ils ont gagné beaucoup de prix tout les deux, ça doit pas être facile de conduire dans ces conditions.Mais il était très prudent aussi, il conduisait très bien.

    « message reçu »

    -Et là Mademoiselle, vous avez des photos de la maman, elle était jolie à l'époque n'est-ce pas ? Très jolie. Radieuse comme ont dit dans ces cas-là. Il faisait très beau ce jour où la photo a été prise, il a fait très beau toute la semaine qui a suivi. Très beau temps pour la saison, très beau.

    « pourquoi insiste-t-elle autant ? »

    Danica retourna la photo qu'elle tenait pour la montrer à la vieille dame :

    -Vous pouvez me dire quand la photo a été prise ?

    -Oui bien sûr, vous êtes venu pour cela, n'est-ce pas ? La photo a été prise pour noël, le dernier noël avant l'accident. Trois jours avant.

     

    Sans rien dire Danica retourna lentement la photo vers Mathias, il la prit et regarda la jeune femme souriante de bonheur, elle était radieuse en effet. Ses mains caressaient un magnifique gros ventre de futur maman.





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